DECKER LAW REVIEW — Mobilité internationale · Famille
Mariés à l’étranger : quand la Belgique reconnaît-elle votre mariage ?
La validité de votre mariage, son enregistrement et le regroupement familial
Dans cet article
État du droit au 17 octobre 2026
Se marier à l’étranger est rarement le fruit du hasard. La famille peut être plus proche, un lieu peut avoir une valeur sentimentale ou c’est tout simplement plus facile. La cérémonie est vite passée, mais la reconnaissance en Belgique peut prendre des mois. Après son mariage au Maroc, Sara peut ainsi s’entendre dire que la commune veut d’abord examiner son acte. Jonas, qui se marie au Danemark, peut se voir demander pourquoi il devait se marier précisément là-bas. Nous esquissons ci-après quelques lignes de force à l’intention de ceux qui se sont mariés à l’étranger ou s’apprêtent à le faire, et formulons quelques conseils pratiques.
Devez-vous vous remarier en Belgique ?
Non. Un acte de mariage étranger est reconnu en Belgique sans que vous deviez recourir à une quelconque procédure. Chaque autorité à laquelle vous présentez l’acte vérifie toutefois elle-même si l’acte est authentique et si le mariage a été valablement conclu.
Quel droit détermine la validité du mariage ? Pour les conditions de validité, comme l’âge ou un mariage antérieur non encore dissous, la Belgique se réfère au droit de l’État dont chaque époux a la nationalité au moment de la célébration du mariage. Les formalités relèvent du droit de l’État où vous vous mariez. Ce droit détermine notamment si un mariage religieux produit des effets civils et si vous pouvez vous marier par procuration. Un Belge qui se marie à l’étranger emporte donc le droit belge du mariage dans ses valises.
L’autorité vérifie également que personne n’a cherché à éluder le droit applicable et que le résultat n’est pas manifestement incompatible avec l’ordre public belge. Un document soigné, couvert de sceaux, ne dispense pas de ce contrôle.
Une apostille suffit-elle ?
Une apostille est un cachet sur la signature, pas sur le mariage. La légalisation n’atteste que la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire a agi et, le cas échéant, l’identité du sceau ou du timbre. L’apostille, qui remplace la légalisation dans de nombreux pays, ne va pas plus loin. Même avec une apostille en bonne et due forme sur son acte marocain, Sara peut donc encore se voir poser des questions sur la validité de son mariage.
Pour un acte de mariage provenant d’un autre État membre de l’Union européenne, aucune apostille n’est même nécessaire. Le règlement 2016/1191 dispense ces documents de toute forme de légalisation. Un formulaire type multilingue peut en outre rendre une traduction superflue, si l’autorité destinataire juge suffisantes les informations qu’il contient. Le règlement ne dit rien des effets juridiques du mariage.
Enregistrer un mariage étranger : qu’est-ce qui a changé ?
Depuis le 1er janvier 2025, tout Belge doit présenter à l’officier de l’état civil chaque acte étranger qui modifie son état civil. Un acte de mariage étranger est un tel acte. Après vérification, l’officier établit sur cette base un acte belge. Pour les personnes qui ne sont pas belges, cela se fait notamment lors d’une adaptation du registre de la population, du registre des étrangers ou du registre d’attente.
En cas de doute sérieux, l’officier peut transmettre l’acte pour avis à l’Autorité centrale de l’état civil au sein du SPF Justice. Celle-ci dispose de trois mois pour rendre son avis, délai qu’elle peut prolonger de trois mois. Mieux vaut en tenir compte si vous préparez un regroupement familial.
Soyez également attentif au mot « enregistré ». Pour vérifier l’acte, la commune l’enregistre d’abord dans la Banque de données des actes de l’état civil (BAEC), avec la mention du statut de la vérification. Les actes étrangers refusés figurent eux aussi dans cette banque de données. Un enregistrement ne vaut donc pas encore reconnaissance. Le signe le plus clair que la commune a accepté votre mariage est l’acte de mariage belge qu’elle établit sur la base de l’acte étranger.
Un mariage reconnu, mais pas encore de droit de séjour
Prenons Leila, qui s’est mariée à l’étranger et souhaite faire venir son mari en Belgique. Pour elle, le véritable travail ne fait que commencer. Un mariage reconnu ne donne à son mari ni visa ni carte de séjour. Qu’il puisse la rejoindre dépend des conditions du regroupement familial. Celles-ci diffèrent selon que Leila est belge, possède la nationalité d’un autre État membre ou séjourne en Belgique en tant que ressortissante d’un pays situé hors de l’Union.
En outre, l’Office des étrangers (OE) examine à son tour le mariage. L’OE n’est pas lié par l’appréciation de la commune concernant l’acte de mariage étranger. Cette reconnaissance pèse toutefois dans la balance et ne peut être écartée sans un examen approfondi de la situation concrète.
La question peut alors se poser de savoir s’il s’agit d’un mariage de complaisance. Selon l’article 146bis de l’ancien Code civil, il n’y a pas de mariage lorsqu’il ressort d’une combinaison de circonstances que l’intention de l’un au moins des époux n’est manifestement pas la création d’une communauté de vie durable, mais vise « uniquement » l’obtention d’un avantage en matière de séjour. Ce mot est essentiel. Qu’un mariage ouvre aussi un droit de séjour n’en fait pas pour autant un mariage de complaisance.
Le choix du pays peut lui aussi susciter des questions. Dans une affaire de 2021, l’OE avait refusé le séjour à l’épouse d’un citoyen allemand. Le couple s’était marié au Danemark sans avoir le moindre lien avec ce pays, selon l’OE pour contourner la procédure belge de mariage. Le Conseil du contentieux des étrangers a annulé ce refus le 23 décembre 2021 (n° 266.071, arrêt en néerlandais). Selon le Conseil, la fraude à la loi vise le fait d’échapper au droit applicable, et non à la législation sur le séjour. Le seul choix du Danemark ne suffisait pas. L’OE n’avait en outre tenu compte ni de la reconnaissance par la commune ni de l’enfant du couple. Pour Jonas, c’est donc l’histoire derrière son mariage qui compte, et non le lieu de la cérémonie.
Et un mariage entre personnes de même sexe ?
Pour la Belgique, la loi est claire. Une interdiction étrangère d’un tel mariage est écartée dès que l’un des époux a la nationalité d’un État qui permet ce mariage, ou y a sa résidence habituelle. La Belgique est un tel État.
La question se pose plutôt dans l’autre sens, pour les ressortissants d’un autre État membre qui se marient en Belgique et souhaitent voir ce mariage reconnu également dans leur pays. Le 25 novembre 2025, la Cour de justice a jugé dans l’affaire C-713/23 que la Pologne ne pouvait refuser de reconnaître le mariage de deux hommes de nationalité polonaise au motif que le droit polonais ne connaît pas un tel mariage. Ils s’étaient mariés en Allemagne, où ils avaient exercé leur droit à la libre circulation et construit une vie familiale. Si la transcription dans les registres est la seule voie de reconnaissance, cette voie doit leur être ouverte. Un État membre n’est pas pour autant tenu d’introduire le mariage entre personnes de même sexe dans son propre droit. Il doit toutefois reconnaître un mariage légalement conclu ailleurs dans ces circonstances, afin que le couple puisse revenir et poursuivre sa vie familiale.
Une question voisine est encore pendante devant la Cour dans l’affaire C-237/26. Cette obligation vaut-elle aussi pour un couple qui s’est rendu dans un autre État membre pour s’y marier et n’y a vécu ni avant ni après le mariage, mais dont l’un des partenaires a un lien étroit avec ce pays ? À la date du présent article, aucun arrêt n’a encore été rendu.
Conseil 1 : faites vérifier les conditions avant le mariage
Vérifiez quel droit s’applique à chacun de vous et de quels documents vous aurez besoin plus tard en Belgique. C’est particulièrement utile après un divorce antérieur, pour un mariage religieux et pour un mariage par procuration. Ce qui est en ordre avant la cérémonie ne doit pas être rectifié après coup.
Conseil 2 : demandez ce qui s’est passé exactement
L’acte a-t-il seulement été enregistré, un avis de l’Autorité centrale est-il en cours, ou un acte de mariage belge a-t-il été établi ? La réponse détermine l’étape suivante. Leila aurait mieux fait de poser cette question avant de compter sur le séjour de son mari.
Conseil 3 : adressez-vous au bon juge
Si une autorité refuse de reconnaître votre mariage étranger, le tribunal de la famille tranche ce litige. Un recours contre un refus de visa ou de séjour relève en principe du Conseil du contentieux des étrangers. Les deux voies s’influencent mutuellement. Le 20 février 2024 (n° 301.930), ce Conseil a annulé un refus de visa parce qu’un tribunal avait entre-temps reconnu le mariage de manière définitive. L’OE devait réexaminer le dossier. Un jugement sur la reconnaissance peut ainsi faire tomber le fondement d’un refus.
Comment pouvons-nous vous aider ?
Le mariage est un choix personnel. Les démarches qui suivent demandent des preuves, une bonne gestion du calendrier et la connaissance de plus d’un système juridique. Avant le mariage, nous vérifions quel droit s’applique et de quels documents vous avez besoin. Après le mariage, nous suivons la reconnaissance auprès de la commune et préparons le dossier de regroupement familial, afin que les deux volets s’articulent. Si une autorité refuse, nous en analysons le motif réel et coordonnons, si nécessaire, la procédure devant le juge compétent.
DECKER LAW allie une expérience en mobilité internationale et en droit de la famille. Une procédure génère du travail. Nous tirons nos honoraires du conseil. C’est pourquoi nous cherchons d’abord une solution avec l’administration. Vous envisagez de vous marier à l’étranger, ou la reconnaissance de votre mariage est bloquée ? Prenez rendez-vous via Let’s meet. Votre partenaire est citoyen de l’Union et vous n’êtes pas mariés ? Lisez aussi notre article sur le regroupement familial sans mariage.
Retour en haut ↑